Publié le 6 février 2026

Création, innovation, formation : un partenariat entre le Cerfav et le Cirva qui officialise la dynamique d’échange entre les deux acteurs du monde verrier

Stanislas Colodiet, directeur du Cirva – Photo : David GIANCATARINA.
Marie-Alice Skaper, directrice générale du Cerfav – Photo : Nicolette Humbert

Le Cerfav et le Cirva ont officialisé leur partenariat ! Stanislas Colodiet et Marie-Alice Skaper ont formalisé les échanges de savoir-faire et de compétences entre les deux structures par la signature d’une convention. La formation aux métiers du verre, les expérimentations créatives, et des projets pour l’art contemporain verrier vont pouvoir se développer grâce à une belle dynamique de partage. Ils nous en disent plus dans l’interview.

Pouvez-vous nous expliquer comment est née la volonté de mettre en place un partenariat entre le Cirva et le Cerfav ?

Stanislas Colodiet : Les liens avec le Cirva existent depuis la création du Cerfav ! Nous avons eu le plaisir d’accueillir de nombreux et nombreuses stagiaires en formation au Cerfav et l’ensemble des verriers qui travaillent actuellement au Cirva sont diplômés du Cerfav ! David Veis était même dans la première promotion du Cerfav.

Nos liens se sont récemment resserrés à la faveur du programme d’accueil d’un apprenti au Cirva, inscrit en CAP au Cerfav grâce au soutien de la Fondation d’entreprise Hermès et aussi d’un voyage d’équipe du Cirva à Vannes-le-Châtel !

Aujourd’hui, nous souhaitons structurer et visibiliser les synergies qui existent entre nos structures qui sont très complémentaires. C’est très important dans un contexte où les savoir-faire verriers et plus largement les métiers d’art ont le vent en poupe ! On pourrait citer par exemple l’inscription des gestes verriers au patrimoine immatériel de l’humanité en 2023, la stratégie nationale pour les métiers d’art à l’initiative du Ministère de la culture en 2023, l’adoption d’une feuille de route entre le ministère de la culture et le ministère de l’Europe et des affaires étrangères pour promouvoir la création et les savoir-faire français à l’international, la création de l’établissement public des Manufactures nationales – Sèvres et Mobilier ou encore l’enquête récente de l’Institut pour les Savoir-Faire Français et de la Fondation Bettencourt Schueller qui mettent en lumière les retombées économiques majeures générées par le secteur des métiers d’art.  

Marie-Alice Skaper : Le Cerfav et le Cirva appartiennent à une même génération : le Cerfav est né cinq ans après l’installation du Cirva à Marseille. On peut donc dire que les deux centres ont grandi parallèlement, en affirmant à la fois leurs complémentarités et leurs singularités. Le Cerfav s’est très tôt structuré autour du concept de plateforme verrière, concentrant compétences, ressources techniques et humaines, et favorisant les rencontres entre les différents acteurs de la filière. Il s’est particulièrement investi dans la formation professionnelle, la recherche et l’innovation, ainsi que dans l’accompagnement des porteurs de projets. De son côté, le Cirva a orienté son action prioritairement vers l’art contemporain, en développant un modèle singulier dédié à la création artistique et à l’expérimentation.

Ce qui est frappant, c’est que Cerfav et Cirva sont tous deux issus de dynamiques territoriales, réunissant professionnels verriers, défenseurs des savoir-faire et acteurs publics autour d’un objectif commun : valoriser les métiers du verre.

Le partenariat que nous officialisons aujourd’hui est la volonté de faire davantage converger nos approches. Avec Stanislas, nous partageons une vision très alignée : celle de renforcer nos complémentarités pour proposer ensemble des projets encore plus ambitieux, mêlant savoir-faire verrier, innovation, art et culture.

Atelier du Cirva, Marseille, 2022

Quels sont les domaines sur lesquels vont s’organiser les échanges entre les deux structures ?

SC : Il y a tout d’abord le domaine de la formation, le Cirva accueille des stagiaires et apprentis inscrits au Cerfav ce qui constitue déjà une première expérience professionnelle. 

Il y a aussi le domaine de la recherche, le Cirva a la chance de pouvoir bénéficier des conseils du pôle R&D du Cerfav. C’est une expertise de grande qualité qui est un atout pour les résidences en résidence au Cirva. La circulation des projets conçus dans nos ateliers en France et à l’international permet de mieux faire connaître nos métiers auprès du grand public. 

Nous avons par exemple reçus des conseils des ingénieurs sur la compatibilité des couleurs pour des panneaux de verre colorés créés avec les designers islnandais Brynjar Sigurðarson et allemande Veronika Sedlmair et actuellement présentés dans l’exposition itinérante au musée d’art moderne et contemporain de Saint-Etienne (MAMC+) de Genève. Ou encore nous avons bénéficié de conseils pour l’irisation de cives colorées de l’artiste palestinienne Jumana Emil Abboud qui seront présentées au Jameel Art centre de Dubaï ce printemps. 

MAS : Effectivement, comme l’évoque Stanislas, le partenariat s’articule autour de trois domaines structurants : la formation, la recherche et les projets culturels.

Sur le plan de la formation, nos élèves sont déjà régulièrement accueillis au Cirva, en stage ou en apprentissage. La nouveauté, cette année, est la participation de Stanislas au jury final de la formation “Créateur verrier”. C’est un moment clé pour nos élèves, qui défendent à la fois un projet artistique et un projet design : le regard du directeur du Cirva apportera une exigence et une lecture particulièrement précieuses.

En matière de recherche, le Cerfav constitue un appui scientifique et technique aux projets de création développés au Cirva. Grâce à notre expérience, à notre laboratoire physico-chimique, à nos plateformes d’essais et à une équipe composée de docteurs et d’ingénieurs spécialistes du verre et des procédés verriers, nous pouvons accompagner les artistes lorsque la réalisation des pièces est contrainte par des verrous scientifiques ou techniques.

Enfin, concernant les projets culturels, nous pourrons développer des collaborations chaque fois que cela fera sens, nos réseaux respectifs étant très complémentaires.

Coulée de verre au laboratoire du Cerfav

On peut parler d’une belle complémentarité entre le Cirva et le Cerfav. Formaliser le partenariat va créer une dynamique autant dans la création, l’expérimentation, que dans la transmission des savoir-faire verriers.

SC : La synergie entre le Cerfav et le Cirva est très riche en matière de formation, de création mais également d’économie. 

Grâce aux actions combinées du Cerfav comme lieu de formation et du Cirva comme lieu pionnier de la relation entre art verrier et création contemporaine (design et art visuels), nous avons su créer une véritable filière et une expertise recherchée dans le monde entier. Il existe en effet en France un réseau d’ateliers de verre privés qui se sont spécialisés dans la production d’œuvres d’art en verre pour les plus grands artistes et designers de notre temps. La majorité des verriers qui se sont lancés dans cette aventure se sont formés au Cerfav et ont découvert les arcanes de la création contemporaine au Cirva. Cette double approche a permis l’émergence de techniciens et techniciennes hors pair qui sont très doués techniquement parlant mais aussi très ouverts et avec une grande finesse d’écoute et d’analyse pour accompagner les artistes dans leurs projets. Ce sont des artisans mais aussi des interprètes. La culture de la recherche qui prédomine au Cerfav et au Cirva est également propice au dialogue avec la création.  Aujourd’hui c’est une expertise rare et reconnue à l’échelle mondiale : ces verriers sont de plus sollicités par des commanditaires parfois venus de très loin comme par exemple les pays du Golfe. Ce débouché représente sans nulle doute une partie de l’avenir des métiers du verre. 

MAS : Absolument : la dynamique d’ensemble est centrale. À eux deux, Cerfav et Cirva couvrent un spectre très large de compétences, au service à la fois de l’artisanat d’art et de la création contemporaine. Le Cerfav vient d’ailleurs d’être labellisé « Pôle de compétences Verre » par la région Grand Est, région de légitimité où exercent toujours les fleurons de l’excellence que sont les cristalleries et manufactures du luxe.

Dès l’origine, le Cerfav a fondé ses formations sur l’idée que l’artisan verrier doit conjuguer maîtrise technique et exigence artistique pour être un créateur verrier. La transmission de gestes et savoir-faire traditionnels ne peut être suffisante, il est nécessaire de les enrichir, d’en développer de nouveaux, d’exploiter les procédés innovants pour réduire les limites et contraintes de la création.

Cette approche du Cerfav résonne directement avec la proposition artistique et la création contemporaine portés par le Cirva. Travailler en synergie va nous permettre de développer de nouvelles formes de projets, plus transversales et plus ambitieuses.

Quelles sont les premières actions/projets mis en place, prévus ?

MAS : Les premières actions sont déjà concrètes : l’accueil de stagiaires, le recrutement d’un apprenti au Cirva formé au Cerfav, et la participation de Stanislas aux jurys de fin d’études.

SC : Je voudrais également parler d’un projet qui me tient à cœur et qui montre ce que le Cerfav et le Cirva peuvent accomplir au plus haut niveau. Cela fait plusieurs années que le Cirva travaille avec l’artiste Franco-Marocaine Sara Ouhaddou dont le rêve est de contribuer à l’essor de l’artisanat du verre au Maroc. Elle s’inspire également beaucoup des modèles de verre islamiques que l’on trouve tout autour du bassin Méditerranéen. Nous avons même eu l’occasion d’accueillir le maître verrier Allain Guillot, meilleur ouvrier de France, au Cirva dans le cadre de cette recherche. Par ailleurs, le Cerfav a effectué un travail remarquable d’accompagnement à la création du département verre de l’Institut Supérieur des Arts Traditionnels à Meknès au Maroc. Grâce au soutien de l’Institut Français et de la saison Méditerranée 2026, nous avons obtenu des subventions pour faire rencontrer ces projets. Ainsi nous accueillerons en mai 2026 un enseignant de l’ISAT de Meknès au Cirva, grâce à la mise en relation du Cerfav, pour réaliser de nouvelles œuvres avec Sara Ouhaddou. Celles-ci seront présentées au Centre d’art de Châteauvert (Ver). Nous envisageons également un retour d’expérience avec l’artiste au Cerfav et à l’Isat de Meknès.

MAS : À plus court terme également, nous préparons l’intervention de Stanislas dans un module de formation destiné aux stagiaires Créateurs verriers du Cerfav. Nous en dirons bientôt davantage.
Pour le Cerfav, ce partenariat s’inscrit pleinement dans notre mission : structurer une filière verrière capable d’articuler transmission des savoir-faire, recherche et création contemporaine, au service des artistes, des professionnels et des territoires.

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